NOTE-BOOK 2005/2008

  • Zapbook 2005 – 2008

Est ce que vous tournez rond mademoiselle ? À dessiner de vieilles chausses disparues depuis une dizaine d’années avec de petites cloches dans les oreilles. Ça tourne rond oui dans votre caboche ?

05/2008

Les yeux plein de flou, le nez bouché, les paupières coagulées, je me prends à maugréer de bon réveil contre ce tireur de leçons de mon rêve, cet espèce de couillon qui a voulu me faire manger ma propre merde. Il s’est transformé à ce moment là, en quelqu’un d’autre, en tous ces petits cons que j’ai croisé dans ma vie, une sorte de paquet surprise obèse et je me suis réveillée.

05/2008

C’est l’heure, fin de la nuit. Les arbres ont absorbé l’humidité. Il n’y avait rien avant sauf les marais et les yeux qui piquent. De la fumée de cigarette et un stylo bic pourri qui se vide, la lèvre en sang, à l’accoutumée maintenant. Mal au crâne. On dirait qu’elle flotte, sur du jus de clémentines ou des oranges.

04/2008

Ça pense, ça pense et ça tourne. Les yeux fermés, j’attends. Clic clic et sifflements de petite machine à roulettes au fond du labo. Mes ongles de pied collent, couverts d’anti-moisissure pour ne pas pourrir de l’intérieur. La porte claque. Une fois, deux fois. Encore une fois. Les idées ça va et ça vient, elles sont collées avec des fils roses, un peu comme comme des filets de bave entre les doigts. Je les traque. Je vois des livres pincés dans une ville grise, en hiver semble-t-il.

04/2008

Un chewingum au bord de la poubelle attend qu’on vienne le pousser. Un lacet défait, des escaliers, un slip. La station est vide, le silence résonne, respire. C’est la lumière qui crache ses ions. Les marches brillent comme de petites paillettes lumineuses qui font mal aux yeux. De retour chez moi, sur mon canapé froid, ça clique de la souris et chantonne gaiement dans un coin. Envie de rien, le stylo coincé, là. « On pourrait essayer ? » Fatiguée je suis. Un rayon bleu vient illuminer ma main, l’ordinateur crépite et se gratte le nez. Mon dos se liquéfie. Je somnole. Un petit coup de froid, une discussion virtuelle, un sac plastique, des bruits de vaisselle et ça s’engueule. Chair de poule. « Salope ! » Glou glou le verre est plein.

Une guitare posée entre ses jambes, mal rasé, il fait la gueule, les yeux droits dans le vide, rouges sur les bords, à admirer la poussière collée par terre. Tête de cadavre aux yeux bleus tristes. Le temps de lever les miens, il est déjà parti, d’un seul coup, disparu. Son siège est vide.

Fatigue fatigue, cheveux moisis et petites bottines rouges cuir. Le cul sur le strapontin ses yeux tombent pendant que le train prend son virage. Gare de Lyon. Une heure du matin. Il fait nuit noire dans le tunnel. Pas grand chose, juste le sifflement du vent contre la vitre, des carreaux neufs à Reuilly Diderot et le train qui démarre, file dans le noir. Je n’ai pas très envie d’écrire, mon stylo est mort, il est resté ouvert toute la nuit.

Kidnappée dans le RER mouate et plastique, aux lumières jaunies, et aux dents sales peut-être aussi. Ça caquette, un sac mauve à la main. Saint-Michel. « Attention à la marche… » Ça coagule devant la porte, les voilà tous coincés, poussant, impatients, cons. La poulette tout en noir continue de caqueter. Quelques secondes encore.

Une faux dans une main, un bambin dans les pattes, escaliers et queue leu leu, tous sur le même chemin. Plus ou moins vite, le troupeau se meut.

Les cheveux dans le nez, les doigts tous rouges, ça balance. Une feuille vole, une cravate s’assoit, l’accordéon tremblote. Une jambe se croise et bam ! Nation.

« Attention à la marche en descendant du train ». Et les sacs en papier s’agglutinent, ça se remplit, ça s’engouffre mollement. Reuilly-Diderot. Bla bla fait le couple à gauche, clac fait la porte. Le train siffle et respire un grand coup, ses poumons se gonflent. Gare de Lyon. Les petites chaussures s’enfuient et le train se vide. Chiures de mouches sur la vitre, calcaire dégoulinant, puis le soleil bizarrement. Ciel bleu et t-shirt vert sur le quai, et puis le noir à nouveau. Ça résonne, comme une voix, un râle. Saint Paul. Un mec qui parle trop fort, une pimbêche qui manque de se casser la gueule avec son pantalon blanc. Ça fait rire ses copines. Clac et psssht. Voilà tout, c’est la rame qui a parlé avant de s’en aller dans son tunnel, foi de banquette rayée. Châtelet.

04/2008

Froid aux pieds, un ver dans le ventre qui fait des bulles, il fait nuit. Le voisin dort à poings fermés dans son petit lit, dans sa chambre au parquet grinçant. Aucun bruit dans la ville. Le silence, rien du tout, pas une voiture, rien à dire.

11/2007

Juste pour quelques rayons de soleil, ça valait le coup de sortir. Lumières dorées en fin de journée, quelques rires, un parc d’enfant vide. Quelques fragments brillants sur la surface du fleuve. Juste un instant comme ça qui donne du baume au cœur.

10/2007

J’ai eu envie d’écrire, puis plus rien. Un train qui grince, un fleuve tranquille dans un coin, reflet du soir. Une lumière blanche sans vie, verte et mousse. Feuilles et touffes d’herbes mouillées par la pluie, odeur de terre jusqu’ici, dans ce train climatisé. Grincements continus, lumières blafardes, paysage immobile, reflets reflets, ciel éthéré, grincement de papier, rien à dire décidément.

10/2007

Pire que jamais. Je foule le métro parisien, plus fantôme que d’habitude. Absente complètement, perdant mes cheveux. Y en a un là. Je me fais envahir, j’ai mal aux doigts.

08/2007

Canicule et puanteur, nous y sommes là, dans la crasse des souterrains. Voix de synthèse et bourrage de crâne, chemisiers fleuris et déodorants défraichis. Le quai se gonfle et se gonfle, ça vient et ça attend. Toujours un goût d’Hextril dans la bouche.

« Mesdames messieurs, un train en contresens, un train en contresens va entrer en gare, éloignez-vous de la bordure du quai s’il vous plaît ». Sens interdit, carrément. Ce sont bien les vacances ça. Jambes à l’air, jupes plissées et petits bidons débordants. Sept minutes d’attente ils avaient dit. Là, une jupe à carreaux. « Votre attention s’il vous plaît… » Talons aiguilles blancs juste devant. À coups de taloches les gens s’engouffrent dans le train. 49 °C à l’intérieur, 250 personnes se battant à mort pour rentrer et sortir du wagon, agitant éventails et feuilles de papier, des rivières de sueur sur la gueule. C’est sympa. Je ne vais bientôt plus pouvoir tenir mon stylo tellement il est trempé maintenant. Ça glisse, ça pue, je vais mourir.

06/2007

Une sortie on ne peut plus agressive. « Dormez bien mesdames, vous deviendrez belles. Dormez bien messieurs, vous deviendrez performants ». Deux affiches dans le métro, une baffe dans la gueule. Entrée dans l’école, pointage au registre. Nouvelles règles de sécurité. On te prend ta carte. On t’engueule parce que tu ne signes pas dans la bonne case. Bref, on adore. Je vais illico rentrer chez moi.

06/2007

Une femme pleure dans le métro, quelle élégance dans la souffrance. Elle se maitrise, le mouchoir à la main, je n’ai jamais vu plus belles larmes. Ça n’a pris que quelques secondes, le temps de l’apercevoir. Si proche et si loin à la fois.

02/2007

Dur dur le trajet en train. Petites bottines et sacs velours, papotages de jeunes filles sur refrain d’Asie. À travers la vitre, regards de contrebasse, là-bas au fond, et sol plastique. Douce rêverie virtuelle sur fond poubelle. J’ai froid aux genoux et au bout des doigts, ce trajet n’en finit pas.

07/2006

Le RER m’emmène, son haleine chaude et puante est inaltérable. Denfert-Rochereau. C’était une bonne soirée, quelle belle planète. Petits carreaux rouges écarlates, grondements du train, sifflement des souterrains, néons blancs à Port Royal. Démarche nonchalante des derniers noctambules. Le rêve n’est pas loin, ici même dans cette boule puante, aux affiches ciel et bleu pacifique.

06/2006

Une histoire de souvenirs. Un ou deux. Je me rappelle des étoiles, ah oui, ça passait à la radio. La lune je l’ai vue, j’y étais. 1963. « Un homme a marché sur la lune ». Un lion rouge pour les enfants et une vis bleue en dessous. Je déteste. Je déteste les petites lunes et les chapeaux d’encre. Je déteste. Les lions rouges dégueuli, je les déteste aussi, je hais la Terre entière, je maudis l’univers et les fourmis. Cette mouche qui me fait chier aussi, inconstante. Je dégueule dans ta gueule, TA GUEULE ! Je les déteste tous tous tous. Je m’ennuie je m’ennuie. Je hais je hais.

06/2006

Du pain caoutchouc bon pour les gencives. Il découvre vincent72 et dragonheart qui veulent sauter sa nana. Passionnant ce forum ; abrutissement et liquéfaction de matière grise, nous sommes foutus, lol lol lol lol mdr. Belle voiture… Est-ce que Dieu existe ? Oui, d’ailleurs tu peux lui parler en ligne et même te confesser. Ah d’accord, j’ai du rater une marche.

Bonjour, elle est de retour : l’encre magique, noire et bavarde de mon stylo, repliée sur le fauteuil près d’une chaudière numérique en plein été, il pianote sur son téléphone. Le corps nu à demi obscur. D’une traite, il reste immobile, soupire et transpire. Il me regarde, d’un bleu lointain, puis d’un coup s’exprime : « la petite

pute ! ».

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  • Sans titre
  • Encre, mine de plomb sur papier, 10×15 cm.

04/2006

J’avais oublié Paris et son lot de fous désespérés. Parisiens coincés droit devant, cherchent rayon de soleil désespérément. Bienvenue dans le manège puant, lecture, reflets, traces de doigts, démangeaisons, envie de rentrer, gros bourrelets, postillons et petits bambins ; rires nerveux, regards dans le mur, du noir, du blanc, de la pisse et des tâches de gras. Désabusés, ces yeux cherchent un peu de courage. J’avais oublié Paris et son métro puant, un lieu que l’on n’oublie pas pourtant.

04/2006

2:30 minutes d’attente, après une heure 30 déjà d’attente. Je préfère rentrer chez moi bredouille et revenir un peu plus tard. Oui, en métro s’il vous plait. Il fait chaud ici c’est l’été. Les chiens gambadent dans les allées, remuant la queue en collant leur nez sur le sol gras et humide. Ca sent un peu les frites et la sueur. Bon appétit.

03/2006

Stalingrad. Retour vers la ligne 1, escortée par une manche rouge, des rayures noires et blanches, quelques jeans bons marchés et une banquette de cuir trouée. D’où viennent-t-ils tous ? Petit sac à main et appareil photo. Que trouvent-ils à cette vieille cité, grise et polluée ? Les couloirs du métro en sont remplis, morts-vivants grinçants dans l’obscurité chaude charbon des souterrains. Belleville. Besoin d’aide pour soutenir ma tête lourde de sang et de pâte molle. Ma voisine a des petits carreaux sur la tête et un tigre rayé sur ses genoux bleus. La manche rouge s’éloigne pour s’asseoir un peu plus loin. Ma manche est vert caca. Quelques regards vides, peaux noires et regards tristes, paupières et sacs plastiques. Tout autour de moi, ça sent la merde. Alexandre Dumas. Je baille d’une fatigue qui n’en est pas une, de carreaux qui ne sont pas blancs. Cahotage, et fin du voyage, nous sommes arrivés. Nation.

02/2006

Pas bien envie de sortir ce soir. Je préfererais rester dans mon nid d’asticots, enroulée dans ma crasse, le dos tout noir. Continuer à écouter des contines au bout du fil. Je suis partie pour de lointaines contrées, à quinze minutes de chez moi, dans un café que je ne connais pas. Il me tarde de rentrer.

02/2006

Il se fait tard, et rien ne se passe, pas de feux d’artifices, rien pour se distraire à part ce bout de papier là que je griffonne de rouge. Je n’aime pas les gueules de mioches soufflées, ni la brioche dorée sous la besace. C’est plein de peau et d’eau. Pourvu qu’il ne pleuve pas.

Mais alors, tu étais là pendant tout ce temps ? Je t’ai cherché partout et tu étais là, tranquille, dans la poche de mon k-way. Je ne t’en veux pas le moins du monde, juste le cerveau qui fait des bulles, sous les néons du train. Je les verrais bien tous à creuver la gueule ouverte sous le soleil. Un petit effort s’il vous plaît.

01/2006

Petits carreaux rouges vifs et sols luisants, je n’en reviens pas comme c’est beau toute cette lumière. Il est tôt, et je n’en crois pas mes yeux. Saint-Michel et des patates. Dis maman, quand est-ce qu’on rentre à la maison ? Je suis plutôt fatiguée. J’ai envie d’une soupe de nouilles.

01/2006

C’est plutôt joli le soleil dans le RER, ça a un goût de révélateur, contraste et lumière d’ombres, faciès charismatiques et paysages de banlieue. Je suis sensible à cette magie là. Bois d’hiver et quais secs en plein air. 1094. Pas un message. Qu’il fait beau aujourd’hui, le sud est monté nous habiter.

12/2005

Entends-tu derrière ce vent chaud, le sifflement de l’eau bouillante, ce vol d’oiseau ? Bruits de forêt tropicale, plein les yeux, dans les airs. Le tout, pas loin du fond de la cuisine, d’où le courrier s’ouvre. Bruits et petite chanson aux gros pixels. Vous aimez la bière ? Moi aussi. Et ferme ta gueule toi à gauche, ce n’est pas parce que c’est Noël que tu as le droit de piailler.

12/2005

Aïe. Aïe. Aïe. Trois petits chats qui ne pensent même pas au petit arbre qu’ils ont tué, les saloperies. Et ça réclame des thunes en plus. Là, marqué en noir sur blanc sur le papier, une petite date en haut de la page, un k-way sur les épaules, les pieds sous la ventile, le cul sur le canapé imitation jean et coke. Mal de gorge tiens et rien à dire, j’attends ma bière, oui monsieur, parfaitement !

12/2005

Il fait beau froid aujourd’hui. Soleil gelé, chaud et froid en même temps. La sueur devient solide avant même de se former, elle reste cristallisée dans les pores, empêche de respirer. Y en a marre du métro, le bus file loin loin avec ses petits vieux. Loin de la puanteur chaude moules frites et de ces toxicos fantômes grouillant de partout dans ce gris, ce sale, ce dégoulinant de carreaux de cuisine. À travers la vitre, je peux voir les autres arbres et les voitures, la Seine coulant le long du mur et sous les ponts, les bouchons, les machands de fleurs roses bonbon.

Si seulement ce bébé pouvait arrêter de crier, c’est insupportable. Cette plainte colérique, déchirant l’espace dans l’indifférence la plus totale. Je rêve d’une baguette magique, qui me délivrerait de toutes ces chaussettes filées et de ces bouquins que je me trimballe. Il ne faut pas chercher plus loin, 665 km. Ce n’est rien finalement, c’est la porte à côté. Bientôt, je reviendrai par la porte royale, sur un tapis de mégots et de mollards, de bébés hurlants bons à jeter dans la Seine. Bah n’y pensons plus.

12/2005

C’est toujours délicat de partir comme ça, vite fait, sous le soleil de 15:00. Ça fait de l’ombre au bout du stylo, une heure, puis une jeure. J’attends mon train. Quelle lumière soudain ! Ça me chauffe la joue, mais mes lèvres sont figées. Le ciel brille et est sombre à la fois, comme interrogateur et soucieux. Pourtant un rayon de lumière le transcende. Mon thé est toujours brûlant pendant que je compte les heures. Si proche et si loin matériellement. Cela coûte une fortune, mais je crois que ça vaut le coup. Oui, 15:28, encore une heure, bon sang.

12/2005

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  • Sans titre
  • Stylo bille, encre sur papier, 10×15 cm.

11/2005

As-tu vu le nuage là, sur la montagne ? Pile sur la ligne d’horizon ! Il est fabuleux, digne d’un conte ou d’une fable, dans cet espace immobile, puis caché par un tunnel, puis par la végétation rèche, propre à cette région aride. Pour moi, c’est tout récent et semble infini. Au loin, au loin, le paysage est sans fin.

11/2005

C’est si beau pour une fois d’être dans le RER. Le soleil brille à travers les brumes de la misère, sur fond de rires d’écolières. Soleil. Soleil. Et pousses de pissenlits à travers les dalles de béton, sous les ponts. Ciel d’huile sans un seul trouble nuage. Un petit moment de bonheur, furtif. Petit bijoux brillant sous le soleil francilien.

11/2005

Il y a quelquechose de magique au bout du tunnel, jusqu’à l’épuisement, trois heures durant. C’est quoi ces cheveux et cette tête là ? Avec ces petites bouclettes et ce minois bouffi ? Au creu de la nuit, les lumières filent à la queue leu leu. Un ver luisant passe à la vitesse du son, sous ma fenêtre à présent. Le temps semble être sans fin et boum ! Paysages défilants jusqu’à perte de vue, c’est charmant.

11/2005

C’est amusant comme ce petit garçon me regarde avec ses grands yeux au fond tout blanc, et ses pupilles bien noires. De grands yeux admiratifs, comme si j’avais quelque importance. Contact visuel troublant, je me suis sentie aimable l’espace d’un instant.

11/2005

Non mais qu’est-ce que… ? Je me demande bien quelle heure il est. Ici règne un silence de mort. Oh les jolies étoiles terrestres poussant comme des pissenlits ! De petites graines ocres luminescentes, immobiles et mouvantes, dessinant villes et rivières, elles tournent à présent tout autour de nous. Il me tarde d’oublier d’oublier les couleurs de la mer. Un appel, un regret, c’est un beau jour.

11/2005

Il parait que ça, ces lignes courbes et coupantes, sont le bord de la fenêtre. Ah non, je n’ai plus envie, de cette cave humide et moisie, prison urbaine, mauvais elle sent, le poulet et les champignons noirs. Qu’est-ce que c’est laid ce qui se ballade sur ce reflet, c’est lisse et rayé.

10/2005

Le train tangue. Faut-il lui en vouloir alors qu’il fend l’air en suintant une pluie fine ? Doux crépitement. Tu aimes le rouge ? En voilà pour toi. Tout droit devant moi, c’est vert, mais je refuse d’y voir. Pour moi ça respire le bonbon frais au goût de vomi. Grenadine whisky. Je ne sais plus comment ça s’écrit. Un bout de paradis qui résonne comme l’enfer.

10/2005

Nouveau temps, tout est devenu compliqué, comme la nuit à travers ces feuillages denses d’un noir absorbant. Comment dire non à ce trou béant filant à toute allure en direction du sud. Le ventre recouvert de moquette poil de gris et de chaussures trouées, la pluie passe au travers et me mouille les pieds.

05/2005

Il est minuit passé, le charme est rompu, c’était prévu. L’escalator claque en continu, à intervalles réguliers, pendant que le quai siffle. Il n’y a personne, c’est vide. Les sièges oranges plastiques luisent sous la lumière électrique. Le silence pèse malgré tout ce bruit. Ce lieu respire la solitude, l’inscrit. Le train arrive et s’arrête, mais pas du bon côté, ses entrailles remplies de vies blafardes et repart aussi sec. L’escalator claque en continu. Le quai est vide et je suis là à attendre que le train vienne, pour qu’il m’emmène. Le voilà. Je quitte le néant et voyage dans un pays où les sièges sont bleus étoilés, soleil couchant au sommet, bouteille de vodka à mes pieds, petit vieux au crayon de papier. Stations fantômes, noires et luisantes, carreaux de cuisine.

05/2005

Il fait tellement chaud et mouate à l’intérieur. Des petites chaussures blanches et la lumière fut. Les portes claquent et c’est parti. Tour de manège dans le néant, sans ceinture. Allez hop, à moi les beaux quartiers ! Saint Germain, les prés.

Il est pas-d’heure et le temps s’écoule à grande vitesse. Les jambes de ma voisine virevoltent pendant que les miennes restent suspendues dans les airs. Les bras croisés, un foulard rouge dans ses cheveux, le train s’engouffre dans son tunnel, sans faire de bruit. Je suis comme hors du temps. Le métro reste impassible, avec son goudron noir par terre, et brillant sous la lumière. Toujours aussi blafarde, comme la première fois que je l’ai vue. C’est mon tour, j’y vais.

05/2005

Evidemment, le beau temps ne pouvait durer, me revoilà donc au métro, seul endroit où la puanteur chaude se retrouve toute l’année, avec ses habitants usés et sa voix artificielle. Elle est bien aimable cette voix d’ailleurs, elle évite de lever les yeux, c’est encore mieux. Plus besoin de se risquer croiser un regard, trou noir aspirant nos dernières plumes. Trop tard, je l’ai fait, conne. Je l’ai regardé ma voisine, au teint halé et aux yeux tristes, sa peau semble brûlée et ses yeux, n’en parlons pas, je préfère les pieds.

05/2005

Ça a beau être l’été, c’est toujours puant ici, et j’aime faut croire le sale, le noir,

avec plein de pauvres gars comme moi. Drôle de soirée ma foi, c’est la raison pour laquelle je suis là. J’aime bien le vent je crois, mais rien ne vaut mon chez moi et le hurlement de ce train d’enfer. C’est mieux comme ça. Ainsi je disparais et descends sous terre, ce train engloutit sans jamais recracher. Il chante sans fin sa contine quotidienne. Paris est tellement sauvage et sombre. Irrévocablement, ce train m’emmène dans son trou noir.

03/2005

Et toi là, ferme ta gueule ! Désolée, écrire est mon passe-temps favori. C’est facile, cela ne demande aucun effort et ça détend. Ça noircit du papier, ça me fait les pieds et le temps passe. Pendant que les autres regardent du noir et des reflets de sales gueules verdâtres, concentrés sur le vide, le rien. Alors, qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? Rien, ne te pose même pas la question. D’ailleurs j’imagine qu’ils ne s’en posent plus depuis longtemps, sinon ils ne seraient pas là, avec ce teint là. Aie ! C’est encore pire que ce que je pensais, j’ai levé les yeux deux secondes et ça m’a déprimé pour les cinq prochaines minutes. Le rapport est inégal dans le métro, c’est de la charge négative ingurgitée qu’on met toute la journée et la nuit à digérer.

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  • Sans titre
  • Encre sur papier, 10×15 cm.

03/2005

Et merde, c’est terrible comme ça pue ici. Je respire en apnée. C’est intenable. Je viens de remarquer, en prenant ma correspondance, que je n’avais qu’une heure et demie de retard. Il semblerait que dans cette rame, le volume de la voix off soit particulièrement fort. Ca décalque. Il y a un drôle de gars qui me regarde fixement. Quoi, il n’a jamais vu quelqu’un écrire ? Faudrait que je me cache peut-être, ce serait une idée. Quarante-cinq minutes de trajet que je suis partie.

03/2005

En face de moi, un drôle de type moustachu au sac plastique. Il se mouche, mais sans mouchoir. C’est juste un peu dégueulasse. J’essaie de faire abstraction, le nez dans mon carnet. Il n’est pas si près de moi, sinon je serais partie. Voilà ce qui arrive lorsque l’on quitte son antre. Comme le mec là, il vit peut-être dans une forêt enchantée, avec papillons et fées. Le tout protégé par un rayon de lune bienfaisant, bleu et blanc. Non loin de sa maison, se dresse une ville fantôme. Âmes capturées, perdues, errant sans fin dans des chambres d’enfant. Loin de ce métro débile où les mecs ils parlent tellement fort dans leur téléphone qu’ils ont réussi à me ramener jusque sur ce vieux bout de strapontin. Connards. J’ai un peu mal à la main. Ici, les carreaux sont blancs, comme dans une cuisine aseptisée, sauf que c’est dégeulasse. Et l’autre qui se mouche sans fin, comme s’il cherchait depuis vingt minutes à propulser une de ses crottes de nez. Ça fait peur des fois. Je n’ai même pas envie de lever les yeux. Il me reste deux stations. J’ai cru deux secondes qu’il allait descendre, mais non. C’est juste un peu agaçant.

02/2005

Le train tangue et me donne la gerbe. Il fait noir dehors et vert cadavre gris à l’intérieur. A droite, je n’ai pas de billets et j’entends quelques murmures vite fait, dans tout ce boucan. L’enfer doit bien ressembler à ça. Aucune vue sur l’extérieur, qu’un reflet, gris sombre, vide. De temps en temps, une lumière brille, rose fade, elle passe à toute allure et disparaît aussi vite qu’elle est venue. J’attends les contrôleurs. De petits points roses, une clôture, puis plus rien. C’est merdique tout ça, je n’aime ni le vert, ni le rose. À gauche, une forteresse squelettique flotte dans le néant, puis plus rien. Des feuilles spectrales d’un arbre à moitié décomposé, mangé par la nuit. Le train ralentit. Il est 23:20. La porte s’ouvre, la puanteur chaude se dissout dans la fraîcheur de la nuit et le chef de gare siffle. Les portes claquent. Une bouffée d’air frais ne fait pas de mal mais gèle les doigts tout de même. Et c’est reparti, en rythme. Nous nous enfonçons dans le noir, ça fait du bruit, tangue et me donne la gerbe. Où sont les gens dans toute cette obscurité ? Évanouis. Même si le train est calme, mes tripes bouillonnent, ce courant veut m’emmener à ma perte derrière ce grillage où la lumière peine à circuler, elle est rose fade et c’est une chose dégeulasse, comme ce terrain vague là, parsemé d’eaux stagnantes et de parmesan.

02/2005

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  • Sans titre
  • Encre sur papier, 10×15 cm.

01/2005

J’essaie de me regarder dans la vitre en face de moi, et le peu que j’y vois ne me plaît pas. Porte de Vincennes. Un vieux bonhomme aux cheveux plaqués s’est assis en face, il a l’air de ne plus avoir de cerveau. Je suis obligée d’appuyer comme une folle pour que ce crayon fonctionne. Nation. Et merde.

01/2005

Sept minutes à attendre, dans ce lieu sordide et silencieux. La ventile murmure

et le métro fait bip. Derrière le mur, le sac en plastique de la dame craque de la voix et les clés au bout du quai, dans la poche du monsieur résonnent jusqu’ici. Plus rien ensuite, juste un sifflement, le vent mou et gelé derrière mon dos, puis encore les clés. Un fou qui parle tout seul, dans un dialecte inconnu et le métro, si seulement il pouvait arriver.

01/2005

Je me roule une clope, et les oreilles du monsieur sont rayées ; ça chante faux comme le métro qui soupire, comme si nous ça nous faisait pas chier aussi. Ça fait un mois ou deux que je ne me suis pas levée aussi tôt. 06:30.

 

CARNETS 2003/2004

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  • Carnet 2000-2004

Je n’ai rien, du vide à dire, l’envie d’écrire. Dialogue absurde, coin d’ordures. Lapins et faux rendez-vous, des histoires. Ça fait couler de l’encre sur le papier.

09/2004

Ça y est, c’est reparti. Pas tout à fait, mais c’en a l’odeur. Gare de Lyon. Retour case départ. Métros parisiens, gris, hurlants, trajets obscurs et lumières blafardes, et pantins. Vivement la fin, vivement la fin.

08/2004

L’Opéra se tient à côté de moi, plein soleil, les carreaux étincelants. Dans l’ombre du

boulevard nous partons. Les arbres sont strictement tous identiques, à la branche près. Sully-Morland. Juste un pont à traverser et quelques rues escarpées. La ville semble déserte, pourtant j’entends le cri d’une femme par-dessus celui des oiseaux, semblant de musique à travers le mur du trafic. Un pas en avant, trois pas en arrière.

08/2004

Le soleil est revenu, avec son lot de fous à travers les rues. Le bus, ça change du noir sur fond noir. Il y a des fleurs sur les rond-points, des scooters, et du bitume toujours. Le soleil plein les yeux, la puanteur pleine de sueur. Des gens ici et là, en tenue légère, déambulent sur les trottoirs. Il y a des boutiques, de l’air et des chantiers ; des affiches, du jaune sale et des oubliés, l’@robar café, mais aussi Kookaï, GAP et France Télécom, le Mc Donald’s, Plurial Sport et Shoes shop, Ed aussi, et Monoprix ; des sacs remplis, le marché Franprix, le bar tabac Le Rallye, la librairie ; ça fait rêver, c’est l’été.

08/2004

Ma fesse gauche me fait atrocement souffrir, impossible de la bouger d’où elle est,

elle est solidement fixée par l’épaisse couche de sueur qu’elle sécrète. Mais que vois-je là ? Une maison blanche avec un poney blanc broutant les blés ; la voiture qui m’emmène va bientôt s’écraser droit devant, sur un camion portant un pokémon géant, le jaune, aux oreilles pointues. Peut-être sera-t-il en mesure de mettre fin à mon agonie ?

08/2004

Je suis en nage, l’eau coule à flots de toutes mes pores et orifices, pendant que la forêt à côté de moi prend feu et se consumme lentement. Ma route m’emmène vers le ciel où stagnent des nuages de fumées enrobés de fils électriques. Ma fin est proche. Pourtant je porte une jupe aujourd’hui, comme une brave petite petite.

08/2004

Qu’est ce que cette jeune ondine me murmure à l’oreille ? Elle a dit trois mots puis s’est enfuie derrière l’écume. Le vent s’est tu et je la perçois ici et là, petits cris aigus. Au loin dans le ciel, sur l’horizon, le sable s’incruste dans ses cheveux. Elle joue avec les collines puis disparait.

 

07/2004

Ce n’est pas tout à fait le métro, mais la chaleur y est étouffante et le silence y est particulièrement intense. Le moindre petit bruit s’étend dans tout l’espace. De la petite boîte en carton, au froissement du papier, un jeune bambin derrière mon siège, quelques murmures et les regards de ma voisine. Aucune fenêtre n’est ouverte. La chaleur est étouffante. Le soleil se couche. Le vent s’engouffre soudain par une fenêtre, faisant tournoyer jupes plissées et rideaux du train. Les cheveux s’emmêlent et la nuit tombe. Rose au bout du monde, bleue au-dessus de nos têtes. Il fait de plus en plus noir, comme ce labrador qui remue bêtement sa queue devant moi.

03/2004

Le train tourne et tourne, comme un manège, une chenille ivre chantant faux, hurlant aux fantômes. Ils sont là, je les vois, lorsque la nuit nous emporte, leurs chants et leurs paroles sont gravés sur les murs défilants. À travers la fenêtre, on peut les lire. Ils nous endorment et nous font partir, pour ne plus revenir.

02/2004

Le train siffle lorsqu’il s’enfuit, puis gronde à l’infini. Les clés dans sa poche, il revient en rouspétant, et nous avale, comme cette fille en pull bleu, pantalon à carreaux, portant de petites chaussures roses. Sa voix criarde, happée par les cris du train, ressemble à un triste murmure maintenant. Un musicien caché sous une chemise, joue de la guitare jusqu’à Saint Paul, puis ça repart. Les hommes se figent, se plient en deux, tous en rythme, un coup à gauche et encore à gauche. Ça ralentit, puis ralentit encore. Le train se secoue comme un animal, s’assoupit deux seconde puis siffle, expulse une jeune femme, et repart dans le tunnel, au creu de la terre. Mon esprit s’égare. Une femme, seule, semble avoir perdue une amie. Une autre dame, aux chaussure blanches, s’en va elle aussi, suivi d’un monsieur blanc, lui aussi. Ça repart. Plus vite à présent, encore plus vite. Le vent s’engouffre par les fenêtres béantes, nous apporte fraîcheur et odeur pestilentielles pour s’arrêter net. Reuilly-Diderot. Une femme, légère, lutte contre le courant. Ma main s’arrête jusqu’à Nation. Plus rien, le chant du train. Un homme parlant seul dit se souvenir de la surface, de la Terre. Difficile d’échanger avec un tel bruit. Je suis presque arrivée. Ça va bientôt être mon tour de descendre, mes voisins sont déjà partis, il ne reste plus grand monde ici. Je suis prête à rentrer chez moi, d’où je ne viens pas.

02/2004

Luxembourg. Un jeune chante du rythme. Il s’arrête un instant puis reprend, c’est le même refrain. Le RER aussi chante, mais c’est une autre histoire. Saint Michel est passé, devant son image, il chante Châtelet. Mes pieds ne bougent plus, j’avance pourtant, le vent dans la figure, le sol tremblant. C’est un flot continu, comme une rivière un peu, qui coulerait en deux sens opposés. Certains crient et puis plus rien, ça se passe comme ça. Sur un rythme chaotique.

02/2004

Ligne 9. Saint Philippe du Roule. Miromesnil. Je n’ai même pas envie d’écrire, alors j’ai les épaules aux oreilles, constipées.

02/2004

Le bleu sied bien à ma main meurtrie par l’ennui. La promiscuité. Le soleil s’est enfui et les couleurs aussi. Les femmes sont toutes grises, leurs chaussures sont noires, leurs cheveux secs, leur peau verdâtre. Elles sont parties. Reste un homme, seul, qui porte une bouée sous son t-shirt, il regarde devant lui, c’est-à-dire rien.

01/2004

Je me suis fait barrer la route par un chien aux cheveux bouclés, couché sur le chemin, j’ai dû m’asseoir dans un coin. Mes yeux piquent, je n’ai pas vu le soleil depuis trois jours, j’ai eu ma dose d’obscurité. Le temps s’écroule, s’ouvre puis se referme, traverse des contrées inconnues et obscures. Je suis gâtée, du noir rien que pour moi.

12/2003

Je hais l’homme des villes, stressé, complexé, con avec son petit pull près du corps, son petit jean et ses petites basquets, ses cheveux en l’air effet saut du lit, gel, crème parfum. Ça pue bien tout ça.

12/2003

Bastille. Une fille rigole, près de la porte, les chevilles enflées. Elle est prête à sortir un sac en plastique à la main, se balançant à droite, à gauche. Je les déteste tous.

12/2003

Toujours dans le métro, un connard. Il fait super chaud aujourd’hui qu’il me fait. En effet, le soleil ne brille pas ici et je suis navrée de réveiller par mon décolleté sa frustration sexuelle. Qu’il reste dans sa merde mouate, chaude et puante. La connerie des gens tristes j’vous jure, je les emmerde moi. Qu’ils s’occupent de leur cul.

12/2003

Ses yeux clignotent, la main sous le menton, l’œil vilain au coin. Rue des Boulets. Il tourne la tête, examine son reflet, puis ses mains posées. Il est temps de partir.

12/2003

Je deviens vulgaire dans ma tête et le mec en face de moi parle tout seul. Il me regarde, m’insulte, toujours la même rangaine, la même amertume. J’ai envie de lui casser la gueule, con. J’ai l’impression que, où que j’aille, un fou m’observe, malveillant, là.

12/2003

M’dame, m’dame ! Un enfant appelle. Alors que le train démarre, une guitare électrique, santiagues et cheveux longs, chantonne tout doucement, pour ne pas perturber l’ennui. M’dame venez ici ! Le vide, le silence, le ronronnement, un regard, puis plus rien.

12/2003

Cette journée est passée à toute allure, le ciel est noir, le goudron aussi et sous mon pied ça brille. Chacun attend le train du soir, il crie au loin je crois, très loin. Je ne suis pas sûre, il se fait tard. Ce n’est pas lui. Le temps me semble long, arrêté presque. S’il te plait, viens.

11/2003

12 :59. Il y a beaucoup de monde aujourd’hui sur le quai, des vestes noires, des sourires tristes ; un caniche me regarde, bouclé et halletant. À l’intérieur, les murmures et la sueur, la lumière noire à droite, à gauche tous coincés, l’œil dans le vide, sur le journal, sur son voisin. Un bébé transpire, son portable sonne, le RER siffle et derrière tout ça, le silence. Le wagon était plein à craquer, trois wagons pour mille. Les salauds.

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