HYPOPNÉES
Site dédié : http://www.script.cm-j.fr/
L’hypopnée se traduit par une diminution du taux d’oxygène dans le sang et a pour conséquence une somnolence diurne excessive due à un fractionnement du sommeil par de multiples micro-éveils invisibles. L’hypopnée est une forme trouble du sommeil, provoquant le non-réveil de la personne et son maintenant durable en état d’hypoxie. Hypopnées est une succession de notes, d’observations, d’images et de pensées agglomérées prises au moment de la perte de connaissance ; une tentative de capture au bord du gouffre de l’inconscience.
06/2009
Un mug se tenait là sans manche enveloppé dans une main. Ses contours étaient lumineux, la lumière y circulait comme sur un fil. Un individu délabré, la tête tombante était écroulé sur lui même. Son corps immobile.
- T’as raison !
Un bourdonnement, un bruit d’automobile.
- Je crois que c’est un faux débat.
– Je me demande ce que c’est.
Je me souviens d’une voix imposante derrière les images. Les bribes d’une voix sourde et résonnante.
- Non.
Cette voix ressemblait à celle de Régine, cette petite fille possédée par les démons du diable. La gravité de sa voix trahissait quelque chose d’inhabituel, de non ordinaire. De la couleur blême circulait dans l’espace comme si le verre de mes pupilles était minutieusement fêlé.
- On est vraiment à la masse, on est vraiment à la masse, on est vraiment…
– Si on bouge ensemble, ça va faire mal.
– Ah euh… J’préfère attendre !
Un bovin mâchonne de l’herbe. Il est ensorcelé par un disciple de la divinité bienveillante passant devant lui. De la lumière bleue et douce se dégage de l’animal. À l’arrière plan, de vieux gars sortent du rideau de papier par un trou déchiré. Ils sont dégoûtés parce qu’ils se sont fait dérouillés par le dragon. Un colosse du même profil que Godzilla mais se déplaçant à quatre pattes.
- Qu’est-ce qu’il y a à côté de ça ?
Les artéfacts de la déesse s’illuminent et les chalumeaux s’enflamment.
- Je sais pas, j’ai été noté -2,5.
– Clémence !
– Merde je ne peux pas les toucher, je ne peux pas les tuer.
Un homme se tenait debout sur cette plage, blanc et blond, les cheveux ondulés. Son image était si précise, fulgurante même, si réelle, que la vue de son regard m’a transi de peur. Très surpris, j’ai dû ouvrir les yeux précipitement. L’image de cet homme ne disparut pas immédiatement. La mise au point de mon regard révéla ce que je voyais : mon stylo se tenant debout sur la page, composé du motif des draps et des rideaux.
- Il faut que l’on remonte tout.
Un escalier en colimaçon. Un jeune homme contrarié, habillé de cuir, tournait autour de la table. Il semblait sûr de lui. La warband était maintenant détruite. Sur le chemin dehors, un homme casqué tapait une vache sans relâche. Le bourrin. Il se frotta contre elle lentement, encore et encore, jusqu’au point de s’endormir.
06/2009
Une femme portant des lunettes aux yeux brillants secoue négativement la tête. Ses différents visages se superposent, une ombre projetée contre le mur.
- Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’on voit.
Les dents serrées, cet homme à la coiffure de babouin fait la grimace.
Dans ce jardin attenant au cimetière pousse une plante extraordinaire mi-serpent mi-végétale. Ça parle de mariage chinois, de sac volant. C’est à Plomb de définir ce genre de truc, la qualité de l’eau, des explosions à l’unisson.
Une jeune fille regarde le sol et cligne des yeux. Son sourire est narquois, mécanique.
- T’as vu les chasseurs de tête toi ?
Des mages en robe bleue s’élancent à droite à gauche. Tout va se réconcilier. Pierrick me présente une lettre où de plus en plus d’aspects du récit sont cachés.
06/2009
Un petit bonhomme de caoutchouc. Une spirale se forme.
- Ça va p’tit gars ?
Sur un air de clavecin, toute une nappe d’oiseaux metalliques s’envole. La poussière s’élève loin de la ville. Ils s’approchent dans la plaine à travers les rochers hors des sentiers. Certains essaient de les abattre au fusil. Le prêtre fait mine de se concentrer, il semble en colère car il n’en a heurté aucun. Celui qui a eu le dernier mot est cette créature bizarre sans cheveux. L’aurore de la défaite sonne.
- Pourquoi chercher un banc ?
– C’est la re-fusée.
Une tonne de moisissures orne ce pot de yahourt.
Il ne sait pas pourquoi il a dormi aussi longtemps, il se lève et déverrouille la porte du vaisseau. Sam fait la grosse voix. Une chèvre s’avance avant de disparaître dans ses quartiers. Gebhard est là souriant, se levant et se rasseyant.
05/2009
Deux poumons noirs se gonflent, leur contour doré sont les reflets d’une robe étincelante au bord de la rivière. Un lièvre s’élance dans les airs et se fige en plein vol, les yeux hypnotisés. Il tiendra, la zone est calme pour le moment.
Une fée incandescente se dandine dans les flammes et tourne sur elle-même. De vielles sentinelles pleines de poussière scrutent le sommet des montagnes. Les gens se quittent et s’éparpillent dans les différentes vallées. À cette distance, ils ne sont que des points noirs sautillants s’éloignant jusque dans le nez du monsieur. Ses poils se propagent sur les murs blancs de la tour, gorgée de soleil.
Ces personnes élégantes on l’air heureuses, elles sourient. Immobiles, leur peau est de marbre, statues de victoires oubliées, drapées de dentelles. À leurs pieds, une créature semble attendre. Il est impossible de l’entendre. Sa respiration forte la fait trembler de tout son corps.
Un homme brun, ressemblant à Kouchner, fait la grimace, l’air sévère. Il surveille le déroulement des opérations. Agenouillé dans son champ, il souffle dans une trompette solennellement, comme s’il sonnait la messe.
- C’est chiant de récolter.
Dans le paysage, se démarque un escalier de pixels, des informations manquent, des cases. Émeutes abstraites sur le canal de discussion. Certains éléments se désolidarisent de l’univers, comme juxtaposés. Rien n’est ici.
- Être jolie, c’est pas du tout ce jeu-là.
Conversation entre les bouteilles d’eau minérale.
- Je mets ma war-propre sur vous, plates-bandes.
L’homme au visage rougeot maintenant est effrayant. Sa barbe, son sourire vicieux. Ses deux yeux sont tellement proches l’un de l’autre qu’on dirait ceux d’une araignée, ronds et noirs. Ses yeux clignent.
Une femme habillée en blanc et plumes, un verre d’alcool à la main, sort de la galerie pour prendre l’air, l’humeur mitigée, entre satisfaction et déception.
Pierrick se perche sur un tabouret, enjoué et taquin.
- Bordel, j’m'en veux, chuis de la merde !
– C’est ça qu’est chiant.
Je me suis vu dans le reflet du miroir, le visage froncé et préoccupé. Respiration résonnante. Une recherche sur internet rapide… Poil aux bras et chair de poule.
- Rien n’arrive par hasard, est-ce moi qui te maintient ?
– Le temps idéal passe vite.
Impossible de suivre la conversation sur le canal.
- Moi je fais ça avec le pathos pour leur casser les jambes.
Souvenir d’une rouquine du lycée, rencontrée hier soir et dont je ne pouvais retrouver le prénom. Il s’agissait de Claire, je me souviens à présent. Gandalf, un homme bon et déterminé.
- J’ai oublié de lui dire 8:00 tout à l’heure.
– Vous arrivez à modeler autour de vos plus puissants personnages.
Chaque équipe se surveille pour éviter les fuites en avant dans l’eau. Ils se tiennent proches du débarcadère au lieu de mourir bêtement au milieu des gens.
- Alors ? Qu’est-ce qui ressemble à ce que tu as fais ?
Un souffle les réveille.
- Ça chauffe ou pas ?
– Vous voulez pas les buter ces mecs pendant que je discute avec
eux ?
Un cadavre se tient assis contre le mur de l’escalier l’air endormi.
05/2009
C’est l’heure de la moisson, une sorte de chewbacca vert se jette à plat ventre sur une meule de foin, arrivé de nulle part semble-t-il. C’est la crise, les prix ont flambé. Les gars en vert continuent leurs galipettes arrières à travers champs.
Les bras écartés, au centre des regards, une statue, immobile, disparait dans l’obscurité. Un voile dense et opaque recouvre progressivement le ciel, la lune, absorbe la lumière. Il fait noir dans la vallée. Les lanternes peinent à éclairer. Une femme se fraye un chemin à travers l’obscurité, en bas de la rue. Un souvenir au travers des pommiers. Deux amis, le soleil.
– Ce n’est absolument pas ça qui fait une économie.
– Par contre, quand il envoie la purée on le sent passer.
Quelque chose l’empêche de penser, de travailler. Bianca Castafiore pleure en hurlant.
Un roi guerrier, monté sur son cheval, parle aux derniers survivants de la bataille encore fumante. Une plage de galets. Les cavaliers remontent la pente. Sur le chat, de drôles de mots apparement indéchiffrables. De nombreux soldats fluorescents sortent de leur cachette. Ils attendent à l’étage.
- Ça vous fait plaisir toutes ces fleurs ?
– Regardez.
Sur eux, la tête basse, ils ont foncé. Trois guerriers ennemis. Ils se sont fait fauchés, lacérés dans le dos, sans réelle volonté de survivre.
- Ça va être dur
– Ça ne va pas être facile.
Des volontaires leur coupent la tête longitudinalement.
- Oh merde, j’ai oublié de refermer la bouteille d’Hextril.
Ainsi d’un seul coup, les traîtres ont été démasqués, des rubans funéraires rouges entourent leurs corps.
– Je ne sais pas ce que ça vaut mais…
Il en envoie un dans le tas pendant que les autres pleurent les morts. Un lynx-renard se faufille près d’ici en boitant bizarre. Des feuilles mortes jonchent le plancher.
- Donc voilà ! Voilà, voilà, voilà, voilà.
Une jeune femme cherche un regard.
- Je suis perdue dans mes pensées, spectatrice de l’inobservable.
Son baton s’élève dans le ciel perpendiculairement à la surface de la terre.
– Viens.
– Ça me rappelle un petit peu la nostalgie du cinéma.
L’actrice disparaît.
- Petite crise, dit cet allumeur de lanternes dans le silence des arbres.
05/2009
Noir en son centre et vaporeux sur les extrémités, ses pétales se détachent. Nous sommes plusieurs ici, enfermés au sous-sol.
En face de moi, un jeune homme est assis en tailleur, son air est serein. S’il n’était pas si difficile de distinguer les humeurs dans cette obscurité, je dirais même qu’il est souriant. Ses yeux forment les ailes d’un papillon se tenant au milieu de son visage, vibrant pour attirer l’attention.
C’est plus ou moins parti, le vent a soufflé.
05/2009
Un oiseau chante à l’extérieur de l’appartement, seul dans le silence. La ville est endormie. L’obscurité semble absolue, pourtant rien ne semble vraiment noir. La nuit est comme une substance opaque entremêlée de vert et de lumière. Les ondes se propagent. Plus je m’enfonce dans l’obscurité et plus ces couleurs se distinguent. Je remarque les parois du tunnel d’épines dans lequel je me trouve, une sorte de tricot de ronces épais où par moments de la lumière clignote au travers.
- Peu importe, le livre ne sortira jamais.
Lapisse intervient sur le forum. Il a des choses à dire et semble particulièrement remonté. La cloche sonne le début des hostilités.
De petits carrés de terre se déplacent sur le plateau du jeu.
Le chanteur de variété chante faux. Il ne s’agit pas là de solfège, mais d’émotion. Le faussement tourmenté semble être tendance.
Chacun des invités semble l’écouter sans faire trop de commentaires. Mais l’attaque est imminente et les éclaireurs guettent. J’en ai vu une avec des jumelles. Comme un hérisson, l’artiste porte des pointes de fer souples sur les épaules. Chacun se surveille.
- C’est juste bête ?
– Ça c’est Christophe Lambert.
Cette conversation sort de derrière la montagne. C’est un conflit entre-deux et ces images de guerre envoyées à l’écran semblent indiquer que l’attentat aura bien lieu. Une quinzaine de mots.
Un ismaëlien a été repéré, il est temps de se replier avant toutes représailles. Les feuilles des arbres s’agitent. Les humouristes sont partis du plateau en laissant des mails d’adieu, celui-ci avec un coupon pliable en lettres dorées : Voyage dans le temps, la guerre est dernière nous. Les images montrent des hommes de la montagne revenant les mains chargées de présents inestimables : des jarres remplies d’eau de cristal.
Ces vielles bourgeoises dans leur vieux musée au parquet grinçant semblent faire des manières. L’une d’elles se tortille les doigts. Cette autre femme explique qu’on pourrait lui arracher le nez avec une pince, elle ne craquerait pas.
- Ma mère, Thalasso et Province…
Le présentateur télé lance le débat. Cette femme vient de s’apercevoir qu’elle entend mieux les oreilles débouchées ce qui déclenche rires et pouffements sur le plateau.
- Vous voulez entrer dans la fadaise de la vague ?
– Croque ta merde !
Enchaîne cette hotêsse de l’air blonde en tenue de secours gonflable. Une catapulte se déclenche. Rien ne se produit, juste une tension. Des chiffres-ressac au fond.
- C’que t’es pénible !
- T’essaie de faire un tas avec tes amis et voilà que ça devient le bordel.
Un invité siffle consterné.
- Vous lui sentez un succès vraiment ?
- Cette adresse a bien changé. J’ai refusé la première fois par politesse mais je compte bien me venger.
Un dictateur s’auto-proclame chef de l’État. Son nom est Tireul. Les images défilent sur l’écran pendant le chargement.
- Je ne vois pas.
Le présentateur profite d’un temps inaperçu pour barrer quelques questions de sa fiche.
Elle court à la traîne avec un dinosaure aux fesses. Images du premier vol d’un orc en arc. La foule applaudit le baptême. Des chevaliers en armes dansent comme des pétasses sur le beat.
- Le livre est à moi !
C’est cette plante sautillante qui le dit. Cette équipe explique qu’ils ne sont que trois pour exploiter son bout de terre.
- Vous pouvez y aller vous.
Commentaires du présentateur, le public applaudit. Un lion blanc mort git sur le sol. D’énormes canons vident leur contenu sur le flanc adverse. Flood sur le chat.
- Voyez comme cette artiste veut pousser à son nom.
– Voilà les genkirs… Vous m’accompagnez ?
Les genkirs, sorte de moutons-bovins s’approchent en larges troupeaux.
- Je n’ai rien à dire à part l’autre jour lorsque j’ai fait une pirouette sur un vase.
Faux rires enregistrés. Cette femme est couverte de sang rouge et vert.
- C’est vrai qu’après un décès, c’est toujours pénible ce genre d’indifférence.
Fraîchement rentré dans l’appartement vieilli et poussiéreux, tout près de l’horloge, il retire poliment son chapeau. Il est venu offrir ses condoléances. Des blessures sanguignolantes lui assaillent l’esprit. Tic tac.
- Et c’est un immeuble à deux, écrit par n’importe pisse.
– Elle ne peux pas savoir, elle ne peux pas savoir quel est le degré de difficulté de ce jeu.
Cette femme débat de toute son âme sur le petit écran.
12/2008
Une jeune femme défigurée se tient devant le guichet. Ses dents penchent vers l’avant. Ses yeux sont bloqués dans les coins. Elle s’apprête à dire quelque chose, mais aucun son ne sort de sa bouche. Son pyjama pend au bord du lit. Quel visage affreux, le plus beau qu’il soit pourtant.
- Quelle plaie ! chante Maurice Chevalier à son neveu libertin.
Cet homme est rentré sain et sauf de son voyage dans le temps, il ne pourra parler que demain. Des espions l’attendaient dans la cage d’escalier, ils assomment un gars louche au passage.
Une tranche de saucisson entre les doigts, elle cherche une petite assiette. Son homme à moitié nu manque de s’étouffer, un pot de yahourt dans la main. De la fenêtre de son appartement, il jette de la terre sur les moines faisant leur prière sur le trottoir.
- Toujours pas reçu de nouvelles de Clémence, ni de Vincent.
Une météorite devrait s’écraser sur la terre d’ici 12 heures.
- Et le tatouage en fait, ils le choisissent par couleur…
Sa main s’engouffre dans une plaie béante.
- Je dois dire que dans ce pays…
Un groupe de paysans décide de lui péter sa gueule.
- Ce crayon glisse sur le papier.
Assises dans l’herbe, ces trois vielles personnes s’embrassent langoureusement.
- Le seul objet intéressant ici, c’est le Thérèse-land.
– Attaque au stylo ou au crayon ?
Dans la voiture, les lampadaires éclairent ses jambes nues et lisses couvertes de confettis.
- Oh merde.
Une saucisse tombe sur la route. Son propriétaire, pas très heureux, lui jette un regard de glace. Devant eux, Lune-d’Argent s’élève, ses hautes tours touchent le ciel.
- Tu votes ? Mais… et Gibraltar ?
– Si on arrête là, c’est mort où t’étais mort.
Ses pieds piétinent le tapis. Une mamie rentre dans la supérette avec son caddie.
- Oula, pardon désolée… j’ai mal aux dents.
12/2008
Une main tire sur les rênes. Roi et reines. Les élémentaires des sables patrouillent hors des murs de la ville, l’avidité commençant à les ronger. Lui se sent mieux ainsi, allongé sur la moquette couverte de motifs. Tiré par les jambes il disparait hors-champ.
Au fond du grand tiroir, une tasse de thé se renverse. Il faut faire attention aux apparences. Il faut se méfier. Ce n’est pas parce qu’ils n’ont plus d’armes qu’ils sont inoffensifs.
- Un jour, j’arriverai à parler, mais je ne serai pas toi.
– Qu’est-ce qu’il t’a dit ?
Un boucher s’occupe de l’exécution.
- Je crois me souvenir qu’à la fin, ils ne sont plus très bons.
Il reste du riz dans la bassine. Un sourire.
- Mais pas du tout ! Je voulais voir le chemin le plus court !
– À priori c’est loupé.
Ses yeux balayent l’horizon. L’homme se rince les cheveux.
- J’ai peur…
– J’ai peur… un sentiment que je n’avais pas avant.
Milles étoiles sortent du livre.
- Une liste de chanteurs, comme si on pouvait juger sur une photo.
Elle cherche à le séduire, le micro à la main.
- Et c’est quoi déjà ton nom, Xijia ?
Depuis quinze jours, ils viennent, nous projettent de la bande dessinée, des images de jungle, en plein milieu du désert.
- Je vais lui mettre le livre sur la plaie.
– I’m Shelley…
Il y en a qui gueulent si fort qu’on est bien obligé.
12/2008
Papier découpé, étincelles, tons vermillons sur fond goudron. Une superposition de volumes. Les couleurs bien distinctes, le soleil illumine la pièce calfeutrée. Sa lumière est épaisse, envahissante.
- Ordonil…
– Ordonneau…
Elle semble chercher un mot.
- N’ayez aucune sympathie pour eux ! Il faut les détester pour en obtenir davantage.
La décoration de l’appartement est épurée, limpide.
- Je me fais mon propre spot de pub.
Juste une clochette dans le ciel, une fleur s’envole. Les lignes s’entremêlent.
- C’est l’archipel des pirates, dit une bouche barbue, des filets de bave entre les lèvres.
La mer est calme, pas de quoi paniquer. Ces yeux désabusés me regardent, une fillette aux joues rondes.
- Comment est-ce qu’elle fait ?
– Éh bien, elle descend un ourlet.
Elle tord une chaussure en plastique mou. Furtive, entraperçue.
- Des fois je pars comme ça.
C’est tellement loin l’univers et tellement proche à la fois. On l’a tous vu passer et repasser, on l’attend au tournant.
- Fait en sorte de gagner un bonus de…
– Le gamepied gigot !
– C’est pas nécessaire saloperie.
11/2008
Mailles et arabesques dansantes. Surface organique noire. Une bulle éclate. Des voix résonnent dans le marécage. Plutôt humaines, et mâles.
- On a creusé et tout et tout…
Ces voyageurs voilés et drapés traversent la région. Des rumeurs circulent à propos d’un trésor. L’un d’entre eux, plus sage que les autres, plisse ses yeux bridés, et cherche à percer le mystère. Un autre, plongé dans la boue jusqu’au ventre soupire et grimace, essoufflé. Quelque chose, une force grouillante cherche à les faire craquer. Elle circule dans leurs nerfs, prête à les faire céder. Impossible de la voir à l’œil nu, sauf en fermant les yeux.
- Saussai !
Une jeune femme attend une réponse, les cheveux en crête. Personne ne se dévoue. Sourires. Certains voient ça comme un signe d’abandon, une faiblesse. Quel a été le cheminement pour que nous nous retrouvions dans cette situation ?
- Il y a un problème, depuis que je sais où tu es.
Dans le sous-sol d’un parking, le souvenir ou l’idée n’aura duré qu’un instant. Les conversations ont toujours lieu aux moments d’absence. L’attaque est imminente. Certains voient leur destin tout tracé.
- Déjà souviens toi…
Une plante à tentacules, il me semble. Apparition trop furtive pour en être certaine.
- Qui connaît Shiraka* ?
Des signaux télépathiques. De couleur orange, ils descendent le long de la colonne vertébrale. Il est aisé de se perdre et de se laisser partir. Une femme cherche à rentrer dans les esprits. Cela a l’air de fonctionner sur les hommes.
- Est-ce qu’il reste des valiums sous Hextril ?
Au même instant, dans la capitale :
- Attention à ce qu’il faut alimenter, dit-il en appuyant sur le champignon.
– Oh no !
– Mais.. mais… pourtant le principe était bon !
Des bribes de phrases parcourent l’espace, certaines plus récentes que d’autres. Certaines viennent du passé. Leur visage n’a pas évolué. Dès qu’elles s’éloignent, elles reprennent la conversation. Elles parlent de guerre.
- I sold them.
Que veut-il dire ? Il parle des nouvelles recrues, de l’armée.
- Tu vois bien que tu as un effet explosif sur moi.
Cette femme nue et squelettique est amenée de force dans la salle d’interrogatoire, sombre et bleue. Elle sait ce qui l’attend et elle se débat. Avec toute l’élégance que lui permet sa condition.
Le général de l’armée adverse dans son palais de décombres, raconte que sa vie était acceptable pour se donner bonne conscience. Tout appel et récession est bonne pour l’Alliance. Mais la cupidité des uns nuit à l’ensemble. Celui-là veut. Il veut creuser pour lui-même. Sur la plage, il cherche des étouffantes. Le sable, il est…
- Tu le trouves comment ?
– J’espère qu’ils continuent à avoir besoin de nous parce que…
Cette femme s’inquiète pour son poste qui ne lui donne pourtant plus aucune…
Ma pensée a été sabordée par une autre. Les images et les conversations m’échappent. Celui-ci revient de l’espace. Pour ceux-là, c’est différent, ils rêvent de partir.
- Et pour ces questions de transplantations ?
– Enlève ta main
Elle fait un bruit affreux.
- Si tu réfléchissais un peu… tu verrais que tu ne peux pas l’atteindre.
[ Texte brouillé ] Des soldats pacifiques passent à nos pieds. Ils s’enfuient et trouvent refuge sous une trappe au sol.
- Vous serez plutôt favorables, ou bien ?
– Il faut que je te l’enlève.
– Quoi ?
Little T. Ce site internet clignote de toutes parts. Les flammes autour d’elle ont disparu.
- Quel participant ?
– Je suppose oui, répond cette femme, un verre d’alcool à la main.
(*) John Edward Shiraka, Private First Class, F CO, 2ND BN, 5TH MARINES, 1ST MARDIV, United States Marine Corps, 20 April 1948 – 11 March 1969, Mort au Viêt-Nam.
10/2008
Fumée en ruban, feuillage au contour noir. Trous dans les feuilles. C’est vague et précis à la fois. Les tiges s’enlacent et font des arabesques façon art nouveau.
Un homme politique danse de façon coincée, il donne des coups de poing dans le vide. Il a l’air fier de lui dans son costume-cravate. Un serveur se tient là, une jupe écossaise sur les hanches.
C’est en entrant à l’intérieur des images que se trouvent les mots, les sons.
Cet automate se trouve devant le rayon gâteaux apéro. Il discute en levant le doigt. Le vigile à l’entrée a une cicatrice sur la joue. Cinq chinois font bloc autour d’un artéfact. Impossible d’en récupérer une miette.
- Nous y avons joué avant-hier, une fois
– Blue Velvet, c’est un ami, Corto.
Cette vieille femme est en colère. Elle marche depuis deux jours.
10/2008
Le ciel fleurit. Pétales et nuages gris. Ondulations lumineuses en arc-en-ciel. Dans l’attente qu’un chemin s’ouvre ou que quelqu’un vienne.
Les idées se croisent, l’espace s’ouvre sur un décor de film vide. Les feuilles mortes se baladent sur le sol carton pâte. Arborescences et jardin à la française. Une manche s’agite, la manche démesurée d’un costume chinois. Elle dessine des arabesques fluides. L’obscurité alentour est vaporeuse, les étoiles tombent. Intersections lumineuses, joints de salle de bain. C’est apparu d’un coup. Ces fragments de maquillages orientaux, sur les murs de la ville, usés et abîmés.
- Quand on n’a que l’amour…
Une chanson de Brel erre dans la ruelle. Un jeune homme attend là, immobile. Il a des rougeurs autour de son nez adolescent. D’autres lui cherchent bagarre, invisibles. Ils sont là sans y être. L’atmosphère est tendue, bleutée par moments.
Un nuage flotte dans la ville, son ombre circule et dessine des formes fantomatiques, des visages, des yeux. L’ombre vibre comme une flamme.
Le feu est parti d’une étincelle, en pleine nuit.
- À part les poutres…
Discussion de couloir. L’appréhension de se laisser aller, de se laisser partir. Une bâche bleue vibre au vent. Cachés dessous, un groupe de personnages reste silencieux. Ils attendent que le temps passe, otages. Chaque journée est une victoire sur la vie.
Les lumières de la machine clignotent. Dans le ciel, l’étoile peine à briller. Cette femme soldat, lève ses yeux pour l’observer, ses cheveux sont rasés. Lumière électronique jaunie au bout de la ville. Cela ne devait pas arriver. Un visage harmonieux aux cheveux longs et lisse l’observe également dans l’ombre.
Dans l’atelier, un tiroir grand format se tire.
- J’espère que personne ne dira rien
Un artiste prend un tupperware en plastique. Pas mal son idée, il a décidé de faire gonfler ses œuvres. Ça fait comme une cloche transparente sur la surface.
Un homme chauve, au long imperméable noir, boit son café. Ça picote de partout, des pointillés roux. Point bleu, œil de poisson. Forme découpée suspendue dans une galerie.
Petit coup de frayeur. Impossible de voir au loin tant l’obscurité est dense. Un animal étrange se tient là. Je ne vois que ses pattes arrières. Il a une queue de lion.
- Venez avec moi une fois que vous me l’aurez signalé…
– Mais moi, je les sentirai toujours…
– Réticents ?
– Ouais.
La feuille s’assombrit. Une chenille fleurit. Quelques éléments baroques de l’antiquité commencent à se manifester, ils sortent de leur toile pour se promener dans les rues.
- Il suffit de se donner du mal.
– Elle s’engouffre comme de la merde aussi…
Papier cadeau marron pour tout le monde.
- Ça m’est égal, plus que dans la maison de mes douleurs.
Un homme acquiesce, le visage à moitié peint et dissimulé. Le nez au milieu des nuages-écailles, il s’envole dans le ciel. L’eau a été renversée sur le plancher, elle s’écoule.
- Y a pas besoin d’en faire grand chose.
Un mec à la face jaune d’œuf est tout sourire.
- Si je refuse, moi je peux te dire que toutes mes lettres sont extrêmement propres.
– Moi non plus je ne connais pas bien plus.
Pointillés, motifs. Les Légos sont prêts à sortir du château fort, prêts à l’assaut.
- Ensuite, effectivement..
Réveillée par ma conscience, je n’ai pu bénéficier des commentaires de Pierrick.
- Voilà !
– Il y en a plus en face.
10/2008
Tout est passé si vite, comme cette maison dans le bleu du loin, ces images entrechoquées. Un jeune homme y revient souvent, il porte un uniforme militaire, l’air sévère, une tête d’ange aux sourcils froncés. Il a 14 ans à peu près. Une petite fille allongée sur la moquette joue en robe de chambre dans le couloir, elle se cogne violemment la tête contre les marches de l’escalier. Son corps est tordu. De la fumée sort de la gueule du démon. Du noir clignotant en vision périphérique.
- Bessac, bessac !
Ça chantonne dans cette vieille maison aristocrate vide et sombre. Un œil en amande brille dans cette obscurité, tranquille, félin. Au même moment, la fête bat son plein à la taverne, les hobbits commencent à se faire remarquer. La foule crie de bonheur et d’ivresse. Et cet autre essaie de fiche dehors son employé qui s’accroche à la porte pour résister. L’affiche se retourne et sa couleur dorée illumine la pièce. Dehors, dans les bois, de vieilles voitures de collection des années 60 défilent. Les bandits s’enfuient et CJ les poursuit, une arme à la main, il choute. La tête de l’un d’entre eux explose. Des androgynes regardent la scène d’un œil réprobateur et indigné.
Course à pied dans la neige, petit saut au-dessus d’un tronc d’arbre mort. Une vielle politicienne prend la parole. « Ah si seulement… »
Personne ne peut la dépanner.
- Pourquoi n’a-t-il pas toutes ses compétences lui d’ailleurs ?
– J’avais envie de lui dire : ahah ! Allez ! Faites de la guilde !
– Tu peux continuer jusqu’au bout de la rue, tu me verras, c’est le même boulot en fait.
D’un coup, les buissons s’illuminent, tous en même temps, alignés comme des pions. Il faut travailler. La jeune fille fait une moue et geint : « Mouais… mais jusqu’à 9 heures du mat… »
Elle se ronge un doigt.
Dans la cour de la ville, de grandes structures neuronales dorées émettent leurs signaux lumineux. Le jour peine à circuler à travers la pollution. Il fait sombre. L’image se répète. Un homme se tient seul à une table de bar, il réfléchit. La lumière verte sature l’espace. « C’est sans tensions, c’est ni avec. »
Une affiche au mur représente un visage rougeoyant, dessiné avec tout un tas de filaments rouges, traversant l’espace blanc comme les rayons du soleil.
- Nous payer en espèce ou sinon…
Le robot braque son canon.
- Je crois que nous avons un problème de science fiction.
« Je ne trouve plus que tu ne travailles plus. » Quels boulots de merde on lui propose aussi, tout ça parce qu’elle n’aime pas le jaune. Cette femme a les cheveux très noirs. Deux autres s’approchent d’elle pour lui montrer leurs papiers en règle. Sorties dans le jardin, un jardin humide et immense…
- Tu avais raison, Raison.
– J’avoue que je n’avais jamais entendu Crano.
Des mektoubs* se battent, le mien n’a jamais combattu. Je ne sais plus si je suis toujours le truc, leurs paroles se sont évanouies.
« Dediou ! Il est ouvert ! » Arrivé dans ce village boisé, ce jeune personnage s’oriente d’un pas précipité vers le marchand. Discussion et réunion, ça discute autour d’une table. Les affiches sélectionnées sont affichées sur le mur du métro, il ne reste plus qu’à voter.
Aux abords de la ville, un joueur trotte. « Ça sent Sarkozy ! », dit-il avec une voix d’enfant forcée. Le verre de vin est plein de blancs d’œuf. Drôle de vibration au-dessus de ce nid d’oiseaux. La salive dans la gorge, prêt à étouffer. Impossible de le suivre.
- Utilisez le reflet de vos miroirs.
– Un sac mousiste ?
– Oui voilà.
Il existe un décalage entre ce que l’on me dit et ce que je comprends. Un sac mousiste, est un sac de facteur. C’est indescriptible.
- Ben voyons !
La clarté et la pureté de l’horizon s’illumine, s’insinue comme du miel. Une jeune femme sort de sa cuisine en tablier, le mur de sa maison est turquoise et recouvert de photos encadrées.
- Je me demande si ce n’est pas possible…
Des vérités se perdent, elles évoluent dans le temps et dans l’espace, bien plus vite qu’il n’est possible de les comprendre, si bien que la fin ne se découvre jamais.
- ALT !
– Une touche de clavier et la caravane s’arrête.
Le ciel est bleu.
- Maintenant, je vais vous interroger sur tout ce qui n’est pas dans la leçon…
09/2008
Il y a des histoires qui reviennent, un professeur se tient debout dans une bibliothèque, l’œil clair, vide et humide. il regarde le dos des livres et la lumière au travers de la fenêtre.
- Ouille, cheveux chatouillent, ami.
Des dessins au marqueur noir, à moitié vide d’encre.
09/2008
C’est la musique qui m’a réveillée, un air tzigane du bout de la ficelle, le plafond qui goutte. Un crépitement comme dans un vieux film.
La forêt est humide, il est tôt le matin. Cette femme fume sa cigarette, une vieille femme aux petites lunettes rondes. C’est encore la fête, un mec se tient en face un verre dans chaque main.
« Oui rush-rush ! » D’un ton décidé, l’homme donne des directions.
- Mais quel glandeur !
Cette pomme de terre a les oreilles de Mickey. Cette mère chimpanzé observe la scène, son petit sur les épaules.
- C’est quoi sur ton site ?

- Série i.m.a.g.e (2006)
- Empreinte sur plastique, 25×70 cm.
09/2008
C’est jaune fleuri par ici, vague couleur aquarelle. Des flammes bleues sortent de l’ombre, sous les racines des arbres. Le ciel s’assombrit, orageux.
- Je ne sais pas Madame.
Avant même de l’apercevoir, un homme dans son scaphandrier se tient droit au fond de la mer. Il a de la barbe au menton, et du jaune sur le visage, de la fumée noire dans le ciel et dans ses cheveux. Je les vois, sceptiques, ces encapuchonnés dont on ne voit pas le visage, le nez en l’air, dans un ciel d’huile.
Une femme aux longs cils, style bd. années 60, est accoudée à une branche fleurie. Elle est blonde au regard malicieux et enfantin. Une autre brunette rigole les ailes dans le dos. Peintures et rouleaux mal mélangés, une palette anarchique et mouvante. Une lumière métallique surgit de l’obscurité, montant les escaliers, nous la suivons tous du regard. C’est un alignement de petits personnages aux cheveux mauves ; l’une d’elle aux dents pointues éclate de rire.
« Mon amigo débile ! » Cherchant son bout d’os, grattant la terre.
- C’est aussi… les mecs ils se…
- Non… c’est… pas vrai !
Discussion volée d’une femme. La voix résonne petitement, comme un papillon, le son fait écho. Un homme cette fois, une file d’attente en armure lourde, épées fluorescentes en main. Ils attendent. Motifs chinois. Des musiciens traditionnels descendent d’un nuage bleu fondu dans la couleur du ciel, comme des poils de chien hirsute.
Dans ce couloir organique, de l’acide s’écoule du plafond, mots dorés furtifs, partis avec le vent, levé d’un coup. Et lui là, il nous montre sa table de mixage, clin d’œil de l’artiste, un vieux gars, chapeau Moyen-âge, barbu.
Une couche lactée recouvre tout. Inondation. Les couverts se renversent.
« T’en as pas eu un avant ? », dit ce chimpanzé-robot faisant la queue pour la cantine, un plateau à la main. Le ciel vire au mauve, entre les jambes de cet insecte géant. Le bout des doigts colorés, la main presque noire, des visages sous les ongles. Le ciel est déchiré, et la nuit dans ses failles pète la couleur, comme dans une boîte de nuit. Le mec sur scène danse, les yeux fermés, en transe ou trop bourré. De ce sac de sport jeté au sol, une main en sort un gros cristal translucide d’une couleur émeraude, luisant et humide. Il se liquéfie en sirop noir dans la main.
Une danse d’insectes à pinces dans le désert. Un hippie sautille d’un pied à l’autre lors une manifestation culturelle, la moue aux lèvres. Une lanterne pendouille du toit de sa tente. Il sort de son duvet, et passe la tête à travers un drapeau, une photo entre les mains. Une chambre sous les combles. J’oublie tout. Danses hyboriennes.
09/2008
Quelques milliers de cailloux, tous parfaitement ronds et alignés, comme des cellules agglutinées. Elle lève les yeux au ciel, son visage est difforme, ses yeux sont bleus. Dans ce couloir sombre, les murs sont blancs. Dehors, des regards fripés de vieilles dames, plongés dans le vide, sur l’horizon, les yeux immobiles et rouges à la fois, comme s’ils allaient pleurer.
Des petits enfants voilés se dessinent dans une bande dessinée. Un plateau de viande sur les genoux, celui ci montre à tout le monde comme il est en avance. Tout autour, les grattes-ciel sont blancs, avec des motifs brodés rouges et de la dentelle sur les extrémités.
« On l’a échappé belle ! », dit ma sœur en montrant sa réserve de cannettes de coca light.
Cette cour intérieure est très étrange, théâtrale, pleine de roches sculptées. Ce loup est mort d’un seul coup, il y a du monde autour. La bibliothécaire me descend les livres qu’il me manquait.
« Tout est à refaire, à repenser. » Me revoilà à Sombrerivage. Les couloirs sont inondés d’eau.
Pierrick me montre ses cheveux blancs, un paquet près de l’oreille. Tout s’enchaine à toute allure. Une balade lointaine au fond d’un marais sombre, une barque là.
La poignée de ce fauteuil se dévisse, elle est en argent décoré.
« S’il te plaît, c’est pour ne pas fumer ta cigarette. »
Un bonheur dans un jardin, en plein automne. C’est lui qui nous a amené là ? Sacré clodo, il se tire en boîtant.
« Je te crée une couronne que tu porteras. » Le sol se dérobe sous nos pieds, la classe peut commencer.
« Madame, ne partez pas ! C’était intéressant. »
Une directrice d’école s’apprêtait à sortir de la salle de réunion grise et marron. « C’est tout comme je veux, sans contraintes. » Un regard fixe me transperce avant de se retourner.
337 points de dégâts, cet homme avec son heaume de fer fait ses comptes semble-t-il. Des arbres lumineux comme des bouleaux dépassent des murs, une tête d’enfant arrachée sur la moquette à ses pieds.
« Je ne suis pas très connectée ce soir », dit-elle, un casque sur les oreilles, prête à l’enlever. Une source clignote sur cette carte. Un personnage blond s’est précipité dans l’eau, court sur pattes. Pour moi, ce fascicule est très bien. Une envie de déféquer.
Ce grillage en losange entourant la ville s’est écroulé d’un coup.
Ce mec au double menton porte des lunettes au contour très noir et épais. Le temps de l’écrire, c’est parti. Un rat au comptoir, il tient la caisse, grand et fin au marcel rose. Une toupie s’élance, elle tourne. Une cigarette à la main, cet homme se questionne. C’est brouillé.
09/2008
- J’ai tout d’abord longuement observé un losange vert émeraude avant de me faire aspirer. Les pieds dans la neige, les pensées fusaient comme du vent au travers de mes cheveux, un visage soufflant, transparent devant moi. Rien de distinct vraiment, mais ça a pris forme. Deux oreilles dans l’ombre grouillaient. Une vielle femme-enfant souriait. Au loin, un homme blond moustachu, sous le soleil brûlant. La main dans les cheveux, le front humide. Tellement de choses et aucun mot pour les décrire. Comment expliquer ces mouvements de voilages, ces motifs ?
Cette lumière sortie de derrière la montagne illuminant ce visage sorti de nulle part ?
- Laissez les images venir à vous, comme ces plumes d’oiseau, ces collines noires.
- Je me souviens d’une poupée Barbie vendant des barres chocolatées au sénat, elle montait les escaliers, se penchait. Elle était habillée en hôtesse de l’air avec son tailleur rose et ses cheveux bruns. Ses bras étaient articulés…
Des spirales et autres sinusoïdes s’enroulaient, se tortillaient en couettes, nattes et autres frisotis. Comme la coiffure de cette petite fille de 11 ans, joufflue, noire et blanche. Une vielle photo de 1930. Dans le ciel, des lames blanches découpées s’animaient autour d’une énorme plaie rouge béante gorgée de sang, au-dessous, un vol d’oiseaux.
Ces animations sur-imprimées, répétitives, omniscientes… elles observent, ces formes fantomatiques… Un jeune garçon à la casquette, le regard effrayé, l’œil humide et rempli de colère les regardait.
Dans un appartement sans lumière, j’ai vu un homme rasé se passer la main sur le crane, il était dans son lit. Une lumière rayée sur le front. Trois points, un visage amical. Des couleurs, des volumes. Un chameau, un sultan, des écailles. Il y a des images qui filent aussi vite que des étoiles.
Une manifestation s’organisait dehors, contre toute forme de prohibition. Les gars soufflaient dans des trompettes, de bleu vêtu. Des clowns tristes défilaient, du rouge à lèvre dégoulinant de leur bouche. Une jeune fille parlait à la radio, le visage jeune et harmonieux, vieillissant et jaunissant à vue d’œil. Il y avait des feuilles de papier rayées, colorées, des affiches pliées en deux. D’un coup, Nicolas Sarkozy est arrivé et a pris la parole, sa voix résonnait comme dans une église, il faisait la leçon, parlait de réussite, j’en avais mal aux yeux. Les fenêtres se déplaçaient. En frottant avec le doigt, le rouge s’effaçait et des morceaux se sont échappés, de petits bonnets de lutins de couleurs différentes reposant sur l’herbe.
Un œil géométrique à moitié fermé, la pupille dorée observait la scène de loin. Il y avait une poubelle-cendrier de couleur blanche derrière un buisson au beau milieu du centre commercial. Carrelage blanc. Dans ces locaux, un homme torse nu refaisait l’installation électrique, une installation artistique. Une couverture de papier se baladait, noire et blanche, rayée, des smileys dessus. Un rouleau sorti du mur. Il voulait me montrer un dessin, un travail.
- Raconte-moi.
Sous une couche de papier, il y en avait une autre, pixelisée, avec une tête d’enfant saturée. En bas de la pente, quelques bâillements. Du vent sur fond blanc, une silhouette rougeoyante, figée comme une statue africaine. Dessin, peinture. Ce serait trop long à expliquer. Des formes, des formes graphiques, il était beaucoup question de ça. Un flic nous surveillait, il avait le visage grimaçant en papier.
Quelques images du passé étaient stockées par ici, je me suis vu chercher quelque chose dans la boîte à souvenirs. « Je me disais que je te ferais bien poétique », lui disait-elle en enfonçant son nez du plat de la main. Il souriait en se relevant, le torse nu, détendu. Trop de choses, une histoire de bobines de fils rouillés. Je ne rentrerai pas dans le tipi, ils sont blancs immaculés.
- Ça dicte encore plus la marche à suivre.
Il avance en se remettant les cheveux derrière les oreilles. Carte de visite, affiche sur fond bleu ciel avec des nuages, un instant, pas plus. Essais chromatiques. Chaque nom de cette liste est inscrit en blanc sur fond noir, une image, des branchages d’automne, brindilles nues.
- Yeah ! Y a les détractés !
Une camionette prend le virage, sort de son trou.
- Renomme-le… Nehobo, dit une fenêtre msn.
– Je ne suis pas sûre du nom.
Il s’est évanoui. Un jeu de mots, il l’affiche dans sa chambre.
- Écoute… bouclé ? T’arrives à les boucler ?
Une réunion, des cheveux brisés, années 80. Ça a quelque chose de vieux, comme une émission culturelle d’il y a vingt ans. Ça parle de graphisme, ça parlemente. « J’ai bien compris qu’elle ne te plaisait pas cette police, il y en a d’autres. » Une espace entre le « m » et le « 9″ pour 350 euros. Je ne sais plus. Mais un mec là suce une bouteille de verre goulument.
Le peintre passe son coup de rouleau sur une toile lumineuse rétro-éclairée. Le noir disparaît sous la lumière.
- Tiens, je te rends ça.
Elle lui tend un flyer noir et blanc.
- Une couleur de préférence ?
– Ils ont capturé une famille entière de yubos* décimés, les petits aussi…
– Raconte-moi lorsque tu avais 18 ans…
Je n’y comprends pas grand chose moi-même. Je pense donc je suis.
Effet bonbon.
09/2008
- Monsieur, maintenant que vous êtes mort, que voyez-vous ? Ça fait un moment que j’y pense, que voyez-vous dans ce noir, ce derrière ?
- Comment dire… Ce n’est pas noir comme on pourrait le penser, mais coloré voyez-vous, et surtout grouillant. Il suffit d’un instant pour passer de l’autre côté, c’est comme rentrer dans l’eau, une sorte de pensée pure, remplie de motifs, de tâches. Difficile à dire. Je vois des tulipes ici, un trottoir… mais sans le voir vraiment ; il se matérialise là, sans couleurs au début.
À l’intérieur de cet atelier, d’un coup, se crée de la peinture aveugle, une exploration des méandres du soi. Les yeux clos, deux nageoires de poisson peut-être. Un point lumineux rouge se transforme peu à peu en estuaire, c’est une forme picturale à gros coups de pinceaux. Des nuages sur la Mer du Nord, des mouettes silhouettes, une masse verte. Un nez bleu lumineux se ballade au milieu, les ondes circulent, les ondulations, le reflet de l’eau. Du rouge, du ciel, le bleu mange le noir. Un petit bout de verdure. Quelques pousses de bambous, deux feuilles, une libellule.
- Ça va trop vite, les images filent à la vitesse de la lumière !
Les images du passé s’assemblent, se mélangent et se noient. Incomplètes, elles se complètent. Les souvenirs viennent puis passent. Chaque élément se lie à l’autre comme des dominos. Trop furtifs pour être décrits, cela raconte un monde que l’on peut observer, notre monde. Un enfant s’avance dans une machine à pattes, une liasse de ballons à la main, silencieux. Deux montagnes gigantesques bordent la vallée, elles sont pleines de verdure ; puis minuscules d’un coup, un champignon se dresse dans ce creux de mousse, une amanite tue-mouche. L’herbe est un motif qui se compose et se décompose sans cesse et forme des sillons minuscules, tels des vallées, des ondulations, des lignes, des vagues écrasées sur le sable. Lignes courbes et parallèles, mimiques, un détail, une moue.
Ce monde est celui d’un tiers de notre vie, une construction mentale.
Le mec là, il tient un flingue, une affiche mouillée jetée sur le sol à ses pieds telle une serpillère brisée en deux dans l’embrasure de la porte. Matière d’observateur, nous sommes observés. Je les vois, les yeux plissés, ils observent satisfaits, comme s’ils approuvaient, pleins de rides, un reflet d’eau tout ridulé, l’omoplate dans la joue, leur tête est comme celle d’un cheval mort se tenant debout dans un costume.
Nouvel équilibre, nouveau lien. La fourmi se monte comme un cheval, mais quelle évidence !
- J’aurais été adorable dans ce rôle !
Une pièce se joue, costumes encore, mais l’époque est différente. 1650. Mimiques exagérées, rides du visage, hilarité. Une sorte de tête de monstre aux yeux brillants, à l’air amical. Un dragon au cœur de la ville sommeille et souffle son souffre.
Un formulaire, une conseillère. Masque de rire et chanson, des poils noirs. C’est allé trop vite, je me suis laissée prendre.
|